Sri Lanka

Nathalie Tomczak, observatrice privilégiée et vraie militante Croix-Rouge
le 16 mars 2005
Où en est la situation humanitaire au Sri Lanka ? Nathalie Tomczak, chef de mission de la Croix-Rouge française, répond. Arrivée le 5 janvier à Colombo, soit dix jours après le tsunami, elle a participé à toutes les étapes de l’organisation de l’aide humanitaire, de la phase d’urgence à la phase reconstruction qui se met aujourd’hui en place, en étroite liaison avec les autorités gouvernementales et tous les acteurs Croix-Rouge sur place.

©CRF/G.Drot
 
Nathalie Tomczak est une force de la nature. Levée aux aurores, chaque minute de chaque jour est comptée. Suspendue au téléphone en permanence, elle court de réunion en réunion. Rares sont ses moments de répit. La fatigue se fait aujourd’hui ressentir mais elle reste totalement investie dans sa mission, passionnée. « C’est une mission éprouvante, en premier lieu à cause de la catastrophe elle-même. En janvier, je ne dormais que 4 heures par nuit. Et puis cette mission nécessite un énorme travail de communication », explique Nathalie.
L’éloignement géographique de la capitale, Colombo, par rapport aux sites d’intervention, ne facilite pas le contact. Le district d’Ampara, situé à l’Est, est à une journée de route de Colombo. Nathalie a donc rarement l’occasion de se rendre sur place pour rencontrer les volontaires, et inversement. La communication se fait donc essentiellement par téléphone.
De plus, les rotations des équipes de terrain se succèdent à un rythme infernal. Cela implique pour elle un travail de recadrage permanent. Elle enchaîne les séances de briefing et de debriefing (60 en janvier), avec des volontaires pour qui il s’agit parfois de la première mission au sein de la Croix-Rouge, et à qui il faut tout expliquer à la hâte. Car ici le temps presse, toujours.

Rebondir à tout instant, à chaque nouvelle

Nathalie est aussi en relation, de façon quotidienne, avec les différents partenaires de la Croix Rouge, afin de mettre en place et de suivre les négociations sur tous les projets de reconstruction (maisons, infrastructures médicales, puits, etc...) et de réhabilitation. Des négociations et des décisions qui évoluent sans cesse : « Le oui d’un jour peut-être un non le lendemain », déclare-t-elle. Ainsi, la Croix-Rouge internationale doit signer dans les prochaines heures avec le Ministère de la Santé, au nom de ses membres, un Memorandum sur toutes les infrastructures du pays. Les autorités ont donné leur aval pour 36 hôpitaux. La veille, il accordait 32 projets seulement, situés dans d’autres secteurs. De même deux terrains ont été proposés dans la journée par le Ministère de l’Urbanisme, pour construire des maisons. Nathalie mobilise immédiatement le délégué construction de la Croix-Rouge française, Dimitri Mallet, pour aller évaluer le terrain avec un attaché du ministère. Ces changements incessants exigent de la souplesse et une capacité à s’adapter et à rebondir très vite. Sans oublier d’informer le siège de Paris de chaque modification.

Bien réfléchir avant d’agir

Ces changements sont dus pour beaucoup à la masse d’intervenants dans le pays. Plus d’une vingtaine de sociétés nationales de la Croix-Rouge sont présentes au Sri Lanka, ce qui engendre là encore un énorme travail de communication, mais Nathalie y voit un véritable atout : « Tous les acteurs Croix-Rouge ont une vraie volonté de travailler ensemble sur le terrain et d’aider ce pays. Nous voulons jouer la carte « Mouvement ». Cette cohésion est une vraie force, à la fois au niveau de l’action sur le terrain et au niveau des décisions. Nous souhaitons prendre le temps de bien réfléchir avant de faire les choses. La reconstruction peut prendre six mois de retard, c’est pour le bien de la population qui sera amenée à vivre durablement sur ces sites. Notre mission est d’assurer les projets dans le long terme. C’est d’ailleurs la particularité de la Croix-Rouge qui reste souvent la dernière dans un pays quand toutes les ONG ont déserté. La vitesse n’est donc pas, pour nous, un critère de qualité ».
Et cela donne lieu, parfois, à des erreurs. Ainsi, Nathalie cite l’exemple de certaines ONG qui ont bâti très vite des maisons sur la bande de terre située à moins de 100 mètres de la mer, ce qui est dorénavant strictement interdit. En conséquence, il va falloir les démolir et c’est de l’argent dépensé pour rien.
« Les lenteurs que l’on pourrait nous reprocher ne sont pas des lenteurs. Il faut composer avec les autorités, c’est leur pays, et nous dépendons de leur approbation », explique Nathalie. « D’autre part, il y a énormément de contraintes à prendre en compte ».
Par exemple, avant de décider de construire un village, il est nécessaire de s’assurer que le terrain est réellement viabilisé. Tout cela prend du temps mais évite de commettre des erreurs.

Une interlocutrice privilégiée

Autre particularité du Sri Lanka, outre le nombre d’organisations présentes, sa division en deux zones : le Nord, zone de conflit, placé sous l’égide du CICR, et le Sud, sous contrôle de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). Cela implique une coordination sur le plan national, afin de n’oublier aucun district. Un tel découpage est assez rare. Aussi, la présence du CICR représente une aide précieuse. Grâce à son antériorité au Sri Lanka (depuis 1989), et à son crédit auprès des autorités, les sociétés nationales bénéficient plus facilement des autorisations nécessaires, notamment pour circuler dans le pays.
« Il faut être très à l’écoute du CICR qui connaît parfaitement le pays », estime Nathalie. « D’ailleurs, la population ne fait pas de différence entre les différentes sociétés (Croix-Rouge française, belge, allemande, etc...). Elle connaît la Croix-Rouge, un point c’est tout ».

Cette cohésion, cette coordination, sont indispensables pour l’avenir du Sri Lanka. N’oublions pas que c’est un pays qui n’a pas encore signé d’accord de paix, même si la catastrophe du 26 décembre a permis de calmer les tensions entre Tamouls et Cinghalais. Mais cette trêve est fragile. « Si la reconstruction est bien faite et répartie de façon équitable sur tout le territoire, cela participera peut-être à une paix durable », espère Nathalie.
Profondément convaincue de la nécessité de peser le pour et le contre de chaque décision, elle poursuit aujourd’hui sa mission avec la plus grande détermination. Avec le temps, elle est devenue ici, à Colombo, une interlocutrice privilégiée pour les partenaires de la Croix-Rouge. A tel point qu’ils regrettent son prochain départ, prévu à la fin du mois.

Géraldine Drot.


   
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