Indonésie

Relance de l’aquaculture
le 30 mai 2005
La région de Lancang, au nord de Sigli, est réputée pour sa production de crevettes. Cette activité traditionnelle a été stoppée nette par le Tsunami. La Croix-Rouge Française étudie le moyen de venir en aide au petits exploitants.

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M. Muslim devant les bassins détruits
 
Iskandar ne perd pas un mot de la discussion qui a lieu entre M. Muslim, le dirigeant de l’association des cultivateurs de crevettes (BMPT) et les représentants de la Croix-Rouge Française. La réunion porte sur un projet de réhabilitation et de relance de l’aquaculture. Or, ce jeune père de famille vit de la culture de la crevette et du poisson en bassins irrigués. Le tsunami a anéanti ses récoltes, détruit les digues et ensablé les systèmes de canalisation. Il est sans travail et incapable de relancer son activité. « Depuis trois mois, je vis de subsides et de donations. Avant, je pouvais gagner entre 1 et 2 millions de roupies (de 150 à 250 euros) par mois. Si on m’en donnait les moyens, je me remettrais à travailler tout de suite », se lamente-il. Dans la province d’Aceh, entre Lancang, Jeumeurang et Pasi Lok, les hommes sont cultivateurs en bassin ou pécheurs, et bien souvent les deux. Liés par le partage du vaste système de canalisation, ils forment une communauté soudée.

Donner la priorité aux cultivateurs modestes
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« Avec 507 propriétaires concernés, répartis sur 345 hectares de bassins, c’est un projet ambitieux, explique Nadica Rinic, la coordinatrice Croix-Rouge pour les programmes économiques. Selon elle, une des difficultés repose sur une bonne définition de ses bénéficiaires : les exploitations mesurent en moyenne un demi hectare ; mais il existe de grandes disparités. Les fermes aquatiques les plus importantes peuvent s’étendre sur plusieurs hectares alors que les exploitants les plus petits n’ont que quelques parcelles, sur une centaine de mètres carrés. « Nous voulons donner la priorité aux cultivateurs modestes, en partant du principe que les grands propriétaires peuvent assumer la restauration de leurs bassins, sinon totalement, du moins partiellement », précise la coordinatrice.
Prévu démarrer la dernière semaine de juin, le programme évoluera de la façon suivante : « Nous progresserons en deux étapes, affirme Nadica. Nous fournirons aux cultivateurs le matériel nécessaire pour restaurer les bassins et leur offrirons un salaire en échange du travail effectué. Ensuite seulement, ils obtiendront le capital nécessaire à la relance de leur activité, principalement pour l’achat de souche. » La Croix-Rouge Française étudie également les composantes du système de production. Comment les cultivateurs s’approvisionnent en souche ? Quels liens entretiennent-ils entre eux ?

Conserver les équilibres économiques traditionnels
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Certains exploitants sont spécialisés dans la culture des individus de leur naissance à l’état juvénile. Ils sont ensuite revendus à des exploitants voisins qui s’occupent de les élever jusqu’à maturité. « A nous de ne pas perturber les équilibres économiques traditionnels », souligne Nadica. La CRF s’interroge également sur la possibilité d’améliorer la productivité. Pour l’instant, 40 % des crevettes et des poissons meurent avant d’arriver à le stade nécessaire à la vente : « Les cultivateurs ici mélangent dans un même bassin poissons et crevettes. Or la production est meilleure quand les deux sont séparés. Ce sont des pratiques que nous pourrions introduire. »
Au village voisin de Pasi Lok également concerné par le projet, Nurlelah, une mère de famille d’une trentaine d’années, nous raconte sa vie avant que le raz-de-marée emporte sa maison : « Je cousais, je m’occupais de poulets et j’aidais mon mari presque tous les jours dans les bassins de culture pour entretenir les digues et placer les filets. Mais mon principal travail consistait à vendre le poisson. Avec un demi hectare, nous produisions jusqu’à 300 kg de poissons et de crevettes. Nous vendions le poisson 50 000 roupies (6 euros) le kilo et les crevettes 20 000 roupies (2,5 euros) le kilo pour le poisson. Nous gagnions normalement notre vie. »
Le programme aquaculture vise à relancer l’économie de nombreuses familles comme celle de Nurlelah. Il apporte également un bénéfice original à la province d’Aceh. Dans cette région de bord de mer, les exploitations d’aquaculture s’étalent à perte de vue et modèlent la nature à la manière des rizières. En restaurant des paysages qui font partie du patrimoine indonésien, la CRF participe également à la politique d’aménagement du territoire du pays.

Gilles Lordet


   
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