Indonésie

La Croix-Rouge présente à Nias
le 16 juillet 2005
Le tremblement de terre du 28 mars a fait 1100 morts et plusieurs milliers de sans-abri à Nias, une des îles les plus à l’ouest de l’archipel indonésien. Le séisme, d’une magnitude de 8.7 sur l’échelle de Richter, a modifié la position de l’île, désorganisant l’ensemble du réseau d’eau. La Croix-Rouge utilise son expertise en eau et assainissement pour réparer et développer le système de canalisation de l’île.

Captage de sources
Aujourd’hui, dans le village de Butu Lot, les hommes sont au travail : certains préparent une dalle en béton pour poser une citerne, d’autres creusent une tranchée dans laquelle des tuyaux en PVC seront assemblés pour relier le village à une source de montagne. Dans quelques jours, leur rudimentaire conduit en bambou sera remplacé par un système de canalisation comprenant un filtre naturel (sable, gravier), un réservoir et des robinets. C’est une alimentation régulière en eau d’une meilleure qualité assurée pour une centaine de familles.

Le tremblement de terre du 28 mars dernier a déplacé les sources, réduisant ou anéantissant l’approvisionnement des villages. La CRF intervient pour réparer et améliorer les systèmes de distribution. Mais il est important que les travaux d’aménagement soient effectués par les bénéficiaires eux-mêmes : « Je sais par expérience qu’ils prendront soin de ce qu’ils ont construit, affirme Roland. Ils assureront la maintenance et répareront ce qui est à réparer. Ce n’est pas le cas quand nous arrivons avec un projet clef en main. » Une simple journée d’information est organisée pour proposer le projet et expliquer les bénéfices que le village pourra en tirer. Pour Roland, le captage de source pourrait être un moyen durable en remplacement à la distribution d’eau par camion.

Réparation des stations et des canalisations
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Roland s’entretient avec un délégué de la Croix-Rouge Indonesienne
 
Dès avril, la Croix-Rouge Française avait aménagé deux stations de traitement pour répondre aux besoins d’urgence suite au séisme et alimenter par camion plus d’une trentaine de villages sur l’ensemble de l’île. « A Gunung Sitoli, j’ai trouvé deux stations de traitement qui n’étaient pas utilisées dans les locaux de la PDAM (Compagnie nationale de l’eau), raconte Roland. C’est ce qui nous sert à produire de l’eau potable et à alimenter les villages. » La CRF travaille ici en très bonne intelligence avec la compagnie nationale : « Nous partageons le matériel et nous nous aidons pour les installations. » L’eau distribuée est potable. Les gens pourraient la boire directement. « Mais nous préférons ne pas le dire pour ne pas créer de confusion. L’eau en réseau en Indonésie doit en général d’être bouillie avant d’être bue. » La CRF étudie également le développement du réseau local de la PDAM.

Reconstruction
La mer n’est jamais loin des habitations à Nias. La route principale fait le tour de ce petit paradis en longeant la côte, et c’est sur son parcours que la majorité des villages se sont créés. L’activité économique et sociale s’articule sur cet anneau qui ceinture l’île.

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Une famille sous la tente dans le village de Gunung Sitoli
 
Avec plus de 50 répliques par jour dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre, l’instabilité de l’île a épuisé psychologiquement les gens de Nias. Beaucoup d’habitants vivent encore sous la tente et n’osent pas rentrer dans leur maison, même lorsqu’elle tient encore debout. Et le raz-de-marée d’Aceh est dans les esprits comme une menace obscure : « A la moindre secousse, tout le monde fuit dans la montagne, raconte Ratni, une mère de famille d’une trentaine d’années. On nous a dit qu’un tremblement de terre pouvait être suivi d’une catastrophe encore plus terrible, le tsunami. » Un de ses voisins, Usma, nous fait visiter sa maison en bois et en feuilles de palmes tressées : « Je préfèrerais avoir une tente. Tous les soirs, en allant me coucher, je me dis que le toit peut s’écrouler sur nous pendant la nuit. » Il suffit de toucher les murs pour se rendre compte de la fragilité de l’édifice.

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Monsieur Aliason devant son magasin en cours de reconstruction
 
A Gunung Sitoli, capitale de l’île, les charpentiers s’affairent dans le quartier du marché. Monsieur Aliason, la quarantaine passée, paye trois millions de roupies la reconstruction de son modeste magasin de photocopies. Le tremblement de terre a détruit son fonds de commerce, les pillards ont terminé le travail en volant son stock. Il est ruiné. « Je reconstruis en bois car je n’ai pas les moyens de payer le béton et le ciment. L’important pour moi, c’est de relancer tout de suite mon activité. J’ai une famille à nourrir » Les gros commerçants, souvent chinois, avec magasin au rez-de-chaussée et appartements privés à l’étage, ont particulièrement souffert lors du tremblement de terre ; car avec leurs vitrines et leurs larges ouvertures, les pas-de-porte constituent des structures relativement fragiles. 20% des maisons ont été détruites par le tremblement de terre à Gunung Sitoli, partie la plus touchée de l’île ; 20% encore devront être démolies. « La reconstruction sera dans le cahier des charges de mon successeur, affirme Roland. Le plus simple sera de travailler avec un architecte indonésien et d’établir un modèle standard convertible. »

Cette phase devient urgente. Le tremblement a détruit les principales infrastructures (pont, routes et ports), stoppant les principales activités économiques. Selon la police indonésienne, le chômage et la délinquance ont monté en flèche depuis avril.

Gilles Lordet


   
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