Indonésie

Le Tikar : relance d’une production traditionnelle
le 10 août 2005
La mission de la CRF à Sigli multiplie les programmes de relance économique : reconstruction de « jermal » (installation de pêche), réhabilitation de bassins d’aquaculture, aide aux producteurs de « krupuk » (chips locales), soutien aux fabricants de bateaux, etc. Fin juillet, la CRF a offert la possibilité à 244 femmes de recommencer leur production de nattes traditionnelles, appelées « tikar ». Reportage.

Une activité traditionnelle
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kits pour la fabrication de tikar
©CRF
 
Les villages de Meunasa Jurang et de Meuraksa, situés au sud de Sigli, rassemblent une population de 5 000 habitants. Qui pourrait se douter qu’ils jouissent d’une réputation presque internationale ? Les tikar, dont la fabrication est l’activité principale des mères de familles, se vendent sur tous les marchés d’Indonésie mais sont aussi exportés vers la Malaisie et l’Australie.

Chamsyah, la femme du chef du village de Meunasa Jurang, confectionne des nattes depuis l’âge de 10 ans. Elle travaille sur son ouvrage entre 4 et 5 heures par jour et met un mois pour confectionner deux nattes. Chaque pièce se vend entre 50 000 et 60 000 Roupies (8 Euros) selon la taille et la qualité des motifs. Ces revenus modestes représentent toutefois un complément substantiel à ces familles de pêcheurs et de fermiers. « C’est peut-être l’épluchage des feuilles de pandan, à cause des épines, qui est le plus fastidieux, raconte Chamsyah. Le pandan est une plante dont les longues feuilles servent à la fabrication d’objets traditionnels en Indonésie. Taillées en lamelles, elles sont ensuite tressées en diagonale pour former les nattes. « Ce projet touche au cœur de l’artisanat de la province d’Aceh et rend possible la survie d’une activité traditionnelle. Il me plaît à plus d’un titre », affirme Nadica Rinic, chargée des projets de relance économique. Il concerne les groupements de femmes, plus vulnérables que les hommes. D’autre part, la production de tikar n’est pas une simple activité économique mais un véritable lien social, et la reprise de ce travail leur permet de tisser à nouveau des relations perdues suite au Tsunami. Enfin, il porte dans une région où les ONG interviennent encore peu. »

Des familles plus pauvres après le Tsunami
Femmes tissant les feuilles de pandan - 8.8 ko
Femmes tissant les feuilles de pandan
©CRF
 
Un kit comprenant les outils nécessaires à la confection des nattes a été remis aux 244 femmes sélectionnées. Serpe et chanfrein pour la découpe, marmite pour la cuisson des feuilles de pandan et la teinture, etc. Des outils qui ont disparu avec le raz-de-marée et qui représentent un montant de 400 000 Rp (35 euros), achat inaccessible pour ces familles. « La semaine prochaine, nous procéderons à la distribution de feuilles de pandan, explique Nadica. Les plantes ont été détruites par la catastrophe. En attendant qu’ils repoussent, nous leurs offrons un lot de feuilles pour relancer leur production. Il en faut 180 pour la fabrication d’une natte. » Ces femmes seront suivies pendant un mois pour s’assurer que le programme se met en place de façon durable et définitive et qu’aucune d’entre elles ne retombe dans la précarité.

Situés en bord de mer, ces villages ne font pas partie des plus dévastés par le Tsunami. Des maisons ont été détruites, certes, et des personnes blessées, mais on ne déplore pas de décès. En revanche, les familles sont aujourd’hui plus pauvres qu’avant. L’intervention de la CRF permet donc de relancer l’activité économique de ces communautés. « Notre prochaine action concernant la production de tikar se situera dans un camp de déplacés », annonce Nadica. La reconstruction de quartiers et de villages a déjà commencé à Sigli. Mais plusieurs camps de réfugiés autour de la ville risquent d’exister encore pendant plusieurs mois. La CRF cherche des solutions pérennes, que cela soit dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, de l’habitat provisoire et, comme l’illustre sa mobilisation auprès des fabricantes de tikar, de la relance économique.

Gilles Lordet, Indonésie


   
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