Indonésie

L’hygiène en milieu hospitalier
le 10 août 2005
La Croix-Rouge Française poursuit ses efforts pour réformer l’accueil des patients à l’hôpital Cut Nyak Dien, à Meulaboh. Cet hôpital de 90 lits, l’un des principaux de la province d’Aceh, fait face à des problèmes structurels et sociaux. La CRF remet en état le système de canalisation d’eau et le réseau électrique. Elle organise surtout une série de programmes hygiène destinés à améliorer la qualité des services médicaux.

Habitudes culturelles
Famille au chevet d’un enfant malade - 8.3 ko
Famille au chevet d’un enfant malade
©CRF
 
Cut Nyak Dien est un bel hôpital. Des allées couvertes amènent à d’élégants pavillons, entourés de jardins soigneusement entretenus. « Que les corps de bâtiment soient séparés, c’est excellent pour l’hygiène. On cloisonne ainsi les pathologies », déclare Frédéric Bastide, médecin en mission pour la CRF. Pourtant, malgré les apparences, les problèmes d’insalubrité et d’hygiène sont nombreux. Au service pédiatrie, une mère, son mari et leurs deux enfants sont assis sur des nattes où ils ont installé un réchaud pour préparer le repas. Des vêtements sèchent sur une corde accrochée sur le linteau d’une porte. Cette famille accompagne le petit dernier qui a de la fièvre. Elle compte rester là aussi longtemps qu’il sera hospitalisé. « Les patients sont presque toujours accompagnés par leurs proches qui couchent, cuisinent et font la lessive dans les chambres des malades », explique Novri, ingénieur Eau et Assainissement CRF. On compte une moyenne de 5 membres de famille par malade, ce qui fait exploser la fréquentation de l’hôpital et a des conséquences sur la consommation d’eau et la propreté. « La CRF produit 9 mètres cubes d’eau par heure à Cut Nyak Dien. C’est beaucoup, mais pas encore insuffisant compte tenu de la consommation et des pertes », explique la jeune femme. Car un autre problème est celui du captage sauvage sur les canalisations. « Quand quelqu’un veut de l’eau, il perce un trou dans une canalisation directement et se sert. Dans le meilleur des cas, il ouvre un robinet, mais laisse couler l’eau. C’est un gros souci. Je pense que nous perdons presque 50% de l’eau produite », ajoute Michel, responsable Veolia du réaménagement du circuit d’eau. Les quelques gardiens de l’hôpital sont impuissants face à ce manque de discipline. « Interdire les familles est tout simplement impossible. Cela ne serait pas compris, surtout qu’elles viennent parfois de loin pour suivre leurs parents » affirme Novri. Il faudra sensibiliser les gens sur ce problème et cela demandera du temps.

Changer les us et coutumes du personnel
Enfants jouant dans les allées de l’hôpital - 10.3 ko
Enfants jouant dans les allées de l’hôpital
©CRF
 
Changer les habitudes du personnel soignant n’est guère plus évident. La mission de Meulaboh a mis en place un tri sélectif des déchets : des poubelles rouges pour les déchets médicaux et des poubelles bleues pour les détritus non médicaux, qui partent en décharge, alors que les déchets médicaux sont brûlés en incinérateur sur les lieux de l’hôpital. Mais les infirmières de l’hôpital ne respectent pas forcément cet usage, selon Hasballah qui supervise les 21 employés des équipes de nettoyage. Elles peuvent être hostiles à certaines nouveautés : « Cela n’a pas été facile de faire accepter le simple nettoyage des salles. Nous devons discuter avec elles, les informer et les intégrer à nos projets, explique-t-il. Les infirmières voyaient cela comme une remise en cause de leur autorité. Et surtout, elles ne comprenaient pas l’intérêt de faire le ménage tous les jours... » Le nettoyage de l’hôpital - intérieur et extérieur - doit être surveillé de près : « J’ai remarqué que des aiguilles, des seringues, des cathéters et des ampoules brisées s’accumulaient sur un épais remblai et le long d’un canal d’évacuation, sans que cela gêne le personnel soignant ; or des femmes viennent y suspendre du linge pieds nus ! » raconte François Fierobe, coordinateur médical CRF.

Règle numéro un : se laver les mains
L’objectif de la Croix-Rouge est donc d’initier le personnel soignant à des règles élémentaires d’hygiène. Avec Claude Colomb, infirmière, Frédéric a décidé de commencer par le commencement : le lavage des mains. « Cela paraît tout bête, et pourtant c’est primordial. Ici, le personnel n’a pas toujours un lavabo à disposition. Et s’il en trouve un à proximité, il n’a rien pour s’essuyer ». Comment avoir les mains propres, comment les garder propres jusqu’au malade, comment se déplacer dans les salles et manipuler du matériel sans se salir ? Claude et Frédéric réfléchissent ensemble à ces questions pour mettre en place des protocoles et des plans de formation. L’hygiène est vitale. En France, pour mémoire, lorsque les premières mesures d’hygiène ont été imposées au milieu XIXe siècle, la mortalité en milieu hospitalier a été réduite de 50%...

Gilles Lordet, à Meulaboh


   
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