Indonésie

Distribution d’eau potable dans la région de Sigli
le 17 octobre 2005
Distribution d’eau dans les camps - 18.5 ko
Distribution d’eau dans les camps
©/CRF
 
Depuis le tsunami, la Croix-Rouge française assure la production et la distribution d’eau potable dans la région de Sigli. Cette mission est primordiale pour les 22 000 déplacés installés dans les camps depuis plusieurs mois. Chaque jour, des équipes vérifient la bonne qualité de l’eau, réhabilitent des puits ou installent des forages. C’est aussi l’occasion de maintenir un lien social avec ces populations en situation de grande précarité.

8 heures du matin, l’équipe de Baptiste Reverdit commence sa tournée des camps. Direction Sangso, un village ravagé par le tsunami, aujourd’hui en pleine reconstruction. Le camp est installé à proximité. Des enfants jouent, des femmes bavardent sur les marches de leur baraquement. La vie semble tourner au ralenti. L’imposant réservoir d’eau est installé à l’entrée du camp. Baptiste s’approche et s’enquiert de la situation auprès d’un groupe d’hommes : « alors l’eau ça va ? Pas de problème ? ». « Si, si, de gros problèmes, le camion n’est pas passé hier ». Coup de fil à la station de production d’eau qui traite l’eau de la rivière : Baptiste apprend que la veille des crues abondantes ont ralenti le travail, l’eau était chargée en sédiments et le filtrage a pris plus de temps qu’à l’accoutumée. Résultat : en fin de tournée, le camion de distribution n’avait plus assez d’eau pour alimenter les derniers camps. Heureusement, un autre réservoir est installé non loin de là. Les gens s’y sont approvisionnés. Selon Baptiste, il n’est pas rare que des incidents viennent entraver la distribution : « les routes ne sont pas très bonnes, un pont casse, un pneu crève et tout est chamboulé. Nous sillonnons un vaste territoire, 41 camps, disséminés sur une centaine de kilomètres. Avec la saison des pluies qui approche, la tâche va être plus difficile car les camions risquent de s’embourber ». La Croix-Rouge distribue chaque jour près de 300 m3 à environ 20 000 personnes. 6 camions tournent dans la région 7 jours sur 7.

L’équipe continue sa route pour s’arrêter cette fois dans un camp de tentes à Keude-Aceh. Une femme harangue l’équipe : « l’eau sent le chlore ! ». L’équipe procède à l’analyse. Baptiste en boit une gorgée, tout semble normal. Au réservoir suivant, en revanche, on relève un taux de chlore un peu trop élevé. Baptiste prend note et transmettra les informations à la station de production.

Le rôle social des équipes Croix-Rouge

Maï note les demandes des déplacés - 21.1 ko
Maï note les demandes des déplacés
©/CRF
 
De son côté, Maï, la seule femme de l’équipe, ne se contente pas d’analyser l’eau. Elle en profite pour bavarder avec les mères de famille, s’informe de leur santé, de leur moral. Les requêtes sont à chaque visite identiques : elles veulent bénéficier de programmes de relance économique. Elles savent que la Croix-Rouge en propose déjà ailleurs, qu’elle a aidé des femmes à reprendre leur activité de fabrication de tikars (nattes traditionnelles) ou de krupuks (chips locales). Dans le tsunami, ces femmes ont tout perdu et n’ont plus assez d’argent pour racheter du matériel ou de la matière première. L’une des habitantes du camp intervient : « ici il n’y a rien à faire, j’aimerais tellement reprendre mon activité. J’avais une petite échoppe à côté de l’arrêt de bus du village, mais sans argent, je ne peux rien entreprendre ». Maï prend note et promet d’en informer les chargés de relance économique.

A Pantarheng, le camp le plus peuplé de la région est proche de l’insalubrité : le sol est jonché de détritus, les ordures sont entreposées juste derrière les baraquements. « Je leur dis à chaque fois qu’il faut faire un effort pour maintenir le camp propre, explique Maï, mais quand je reviens, rien n’a changé. Ces maisons ne leur appartiennent pas, ils partiront bientôt, alors, ils s’en fichent ».

Installer l’eau potable dans les camps

Un nouveau forage est toujours un évènement - 23 ko
Un nouveau forage est toujours un évènement
©/CRF
 
« Approvisionner la région en eau coûte cher, les camps perdurent il faut donc réaliser des installations permanentes », explique Frédéric Gros, chargé des puits et forages. La Croix-Rouge française a déjà réhabilité 26 puits. Mais il faut parfois continuer à approvisionner le camp pour fournir de l’eau à tous ses occupants. Réhabiliter un puits n’est pas toujours possible. Le tsunami a pollué les nappes phréatiques et rendu l’eau salée. Pour trouver de l’eau douce, il faut creuser en profondeur ; une solution s’impose : le forage. 10 projets de ce type sont actuellement en cours. Tout près de Sigli, Frédéric supervise un forage nouvellement lancé en coopération avec la Croix-Rouge norvégienne. Les habitants suivent avec intérêt l’avancée des travaux : l’eau est un bien précieux, et imaginer qu’elle puisse couler en abondance chez eux les émerveille. « On espère que ça va marcher bientôt ! On aura toute l’eau qu’on voudra ! », lance quelqu’un.

Enfin, dans certains camps, un raccordement au réseau de la PDAM (la compagnie nationale de distribution d’eau) a été installé ; des robinets coule une eau claire, plus ou moins abondante. « Ce n’est pas pour autant qu’on va cesser la distribution, précise Baptiste, on attend de voir si ça fonctionne vraiment. Par endroits, l’eau a un bon débit, à d’autres, non, il y a probablement des fuites dans les canalisations. Ce n’est pas gagné ».

5 camps ont fermé depuis le tsunami. Le mouvement devrait s’accélérer jusqu’à fin décembre. Mais la reconstruction des villages avance moins vite que prévu, et, en attendant, assurer le besoin en eau des victimes du tsunami reste une priorité.

Valérie Rouvière, Sigli


   
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