Indonésie

Réhabilitation des camps à Meulaboh
le 18 octobre 2005
A Meulaboh, l’assainissement des camps a commencé. Ce programme concerne 3 sites, soit 2000 déplacés qui vivent sous tentes, dans des conditions d’hygiène médiocres. Il devient primordial de nettoyer les camps, d’organiser la gestion des déchets et de réhabiliter les canaux d’évacuation des eaux. En parallèle, un programme de sensibilisation à l’hygiène vient d’être lancé.

Hommes et femmes participent au ramassage de déchets - 11.4 ko
Hommes et femmes participent au ramassage de déchets
©/CRF
 
Depuis quelques jours, les camps de tentes de Lang, situé en périphérie de Meulaboh, ont pris des allures de chantier. Ici, un groupe d’hommes creuse des tranchées. Là, des femmes ratissent les canaux pour en extraire des déchets (plastiques, boîtes de conserves, métaux rouillés, etc.) L’odeur est pestilentielle. Les enfants ne semblent pas s’en soucier et continuent leurs jeux. Ici, nul n’a conscience que les eaux souillées sont des vecteurs de maladie. Un peu plus loin, une femme pousse une brouette remplie de végétaux. Sylvain Pic, coordinateur du programme d’assainissement, s’exclame : « Regardez, ils désherbent, balaient, mais tout le monde rechigne à s’occuper des déchets qui flottent dans l’eau au milieu des camps ». Les canaux encombrés soulèvent un problème plus grave : l’évacuation des eaux ne s’effectue pas correctement. Avec la saison des pluies, le risque d’inondation est élevé. Il va donc falloir en creuser de nouveaux pour améliorer le drainage et construire des puits d’infiltration pour évacuer l’eau par le sol. Assainir les camps, c’est aussi assurer une meilleure gestion des déchets. Jusqu’à présent, on se contentait de déverser les ordures dans le fond des camps. L’équipe d’assainissement a pris l’initiative de construire des collecteurs de déchets et d’instaurer un système de ramassage par camions 2 fois par semaine. Enfin, les communautés s’organisent. A Ujung-Baru, le chef a imposé à tous les habitants un grand ménage dominical.

Rémunérer l’assainissement

les familles viennent chercher leur kit d’hygiène - 25.1 ko
les familles viennent chercher leur kit d’hygiène
©/CRF
 
Pour motiver les déplacés, les coordinateurs ont donc décidé de rémunérer les travailleurs à raison de 35 000 Roupies par jour. Un moyen comme un autre de procurer un revenu minimum à ces gens qui n’ont généralement pas retrouvé d’emploi depuis le tsunami. La plupart des déplacés vivaient de petits boulots : tireurs de pousse-pousse, vendeurs dans des échoppes, réparateurs en tous genres. Aujourd’hui, le système D prédomine dans les camps. En déambulant dans les allées de tentes, on découvre une microsociété : un homme a installé un mini - atelier de réparation de téléviseurs, une femme tient une échoppe de fruits, légumes et œufs. Les bons jours, l’entreprise lui rapporte 50 000 Roupies, soit 5 euros. Elle ne se plaint pas trop des conditions sanitaires du camp : « Dans la journée, il fait chaud dans les tentes, la nuit il fait froid et quand il pleut, il y a des infiltrations. Mais le plus dur à vivre, le plus insupportable, c’est l’attente. On voudrait une maison à nous ». Est-ce ce qui explique le peu de motivation des déplacés pour l’entretien du camp ? Sans doute, mais pas seulement. Ici les gens semblent avoir une notion très floue de l’hygiène.

Promouvoir l’hygiène

Enfants jouant sur les canaux d’eau souillée - 11.3 ko
Enfants jouant sur les canaux d’eau souillée
©/CRF
 
Au fond du camp sont installés les puits. Tout le monde vient s’y laver, faire la vaisselle ou la lessive. Juste à côté se trouvent les latrines et à peine plus loin, la décharge. Pour Sylvain, « il faut tout réorganiser, les latrines à côté du puits, c’est la contamination de l’eau assurée. C’est comme vivre au milieu de canaux d’eau souillée. Les gens n’ont pas conscience de ce qui est nocif pour leur santé. Il y a un énorme travail d’éducation à faire ». C’est pourquoi la Croix-Rouge française a décidé de développer en parallèle un programme de promotion de l’hygiène. Les leaders des communautés (5 par camp) ont reçu une formation sanitaire leur expliquant les règles de base pour éviter les maladies (de peau notamment) ou les diarrhées fréquentes dans les camps : se laver régulièrement les mains, ne pas laisser traîner de déchets, nettoyer les sanitaires, etc. Ces responsables « hygiène » doivent ensuite veiller à l’application des règles. Aujourd’hui, à Kuta-Padang, un camp de presque 1 300 personnes, l’équipe d’assainissement a prévu une journée pour distribuer de kits d’hygiène. Ceux-ci comprennent savon, dentifrice, brosses à dent, serviettes, petites culottes, mais aussi moustiquaires, sceaux et balais. « Il faut garantir à chaque famille un minimum pour son hygiène personnelle et aussi pour l’entretien du camp, explique Maude Maurin, coordinatrice de la Croix-Rouge française à Meulaboh. Ce n’est pas énorme mais c’est symbolique. Nous voulons que les gens s’investissent dans notre programme, qu’ils aient envie de vivre dans un endroit propre ». La distribution s’organise à l’entrée du camp. On fait l’appel et les familles viennent chercher leur kit à tour de rôle. Il règne une ambiance joyeuse, l’initiative est plutôt bien accueillie. Une mère de famille tenant d’une main sa fillette, de l’autre les sceaux et les balais, se dirige vers sa tente : « Je suis veuve et je ne travaille pas, alors c’est vraiment bien qu’on m’offre ces produits de première nécessité ».

L’équipe d’assainissement espère bien qu’une fois sensibilisés, les gens feront attention à ne pas jeter n’importe quoi dans les canaux et utiliseront les collecteurs de poubelles. En une semaine, un gros travail a déjà été accompli : l’eau stagnante a été évacuée, mais des déchets réapparaissent déjà dans les canaux. Les équipes Croix-Rouge ont 6 mois pour convaincre les populations de la nécessité de laisser les camps propres.

Valérie Rouvière, Meulaboh


   
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