Maldives

L’avenir de Gan en jeu
le 12 décembre 2005
Le 26 décembre 2004, l’Archipel des Maldives était balayé d’Est en Ouest par une vague dévastatrice. En quelques secondes seulement, 70 îles ont été submergées. Bilan : 108 morts, 12 000 personnes déplacées et près de 6 000 maisons endommagées ou détruites. L’Atoll de Laamu (25 îles), situé dans le sud du pays, a payé le plus lourd tribut : 25 morts et près de 1 500 sans-abri. Des chiffres qui paraissent mineurs comparés aux milliers de victimes sri lankaises et indonésiennes. Pourtant, proportionnellement à sa superficie et sa démographie, c’est le pays le plus gravement affecté par la catastrophe : un tiers de la population (100 000 personnes) a été directement touché. Les dégâts sont estimés à 470 millions de dollars. Les conséquences économiques du tsunami sont également désastreuses dans ce pays qui fait partie des plus pauvres du monde. Il est aujourd’hui au bord de la récession économique car les touristes boudent désormais ses plages de cocotiers. Ajoutons à cela une situation politique instable depuis plusieurs mois. Les Maldives sont plus que jamais en état d’extrême vulnérabilité.

Camp de Mundhoo, à Gan - 15.1 ko
Camp de Mundhoo, à Gan
©/CRF
 
Waheed est chauffeur de taxi à Gan. Au volant de son monospace, il sillonne l’île toute la journée, de l’aéroport au village de Thundi, situé à l’autre extrémité. C’est son beau-père qui a avancé l’argent pour acheter le véhicule, il y a quelques mois afin qu’il puisse gagner sa vie. Nadia, son épouse, est employée au bureau de Sinaï, la zone industrielle. Leurs revenus leur permettent de nourrir leurs trois enfants en bas âge. Une vie ordinaire et simple en apparence, si ce n’est que le soir venu, cette famille ne rentre pas chez elle mais à « l’usine ». Une fabrique de vêtements désaffectée depuis des années qui a rouvert ses portes en janvier 2005 et héberge depuis 250 personnes. Bienvenue au camp de Mundhoo.
Waheed et les siens font en effet partie des 11 414 personnes déplacées, recensées à ce jour aux Maldives. Mundhoo, c’est le nom de la petite île d’où ils sont originaires. Ils ont été rapatriés sur Gan le jour même de la catastrophe et hébergés quelques jours plus tard dans le camp. La vague, ou plus exactement un mur d’eau d’un mètre cinquante environ, a traversé l’île d’Est en Ouest en quelques secondes. De leur maison, il ne reste que des amas de poussière de corail et de ciment mélangés. 8 personnes ont péri ici et une trentaine de maisons ont été détruites. L’île voisine de Kalhaïdhoo a subi le même sort. Une partie de ses habitants (150 personnes) se trouve elle aussi, dix mois maintenant, hébergée à Gan, dans d’anciens entrepôts prêtés par le gouvernement.

Sandra Hu et Jérôme Duron dans les cuisines du camp de Mundhoo - 15.2 ko
Sandra Hu et Jérôme Duron dans les cuisines du camp de Mundhoo
©/CRF
 
En cette fin de mois de Ramadan, tout le monde est fatigué et un peu à cran durant la journée. Jérôme Duron et Sandra Hu, le chef de la mission Croix-Rouge française et l’administratrice, attendent le soir pour leur rendre visite et parfois, partager le repas avec eux. A partir de 18 heures, l’heure où l’on rompt le jeûne, l’atmosphère se détend, les langues se délient. Ces échanges sont aussi importants pour les uns que pour les autres. Sandra et Jérôme ont ainsi beaucoup appris des us et coutumes des communautés locales, des mentalités, des différents profils. Ils se sont largement appuyés sur ces informations pour élaborer avec le délégué construction de la Croix-Rouge française et les autorités, les plans de leurs futures maisons. Pêcheurs pour la plupart, mais aussi commerçants et jeunes, attendent beaucoup de leur vie future à Gan. Ainsi Aiminath Naashidha, 20 ans, espère devenir infirmière à l’hôpital. Sa sœur, institutrice à Mundhoo, a retrouvé un poste d’enseignante à l’école primaire. Ismaïl, lui, est et restera pêcheur. Il attend impatiemment la mise en service du futur port actuellement en chantier. En revanche, ses trois fils veulent être cultivateurs. Le gouvernement (propriétaire du sol) va mettre à disposition des futurs habitants de l’île environ 140 hectares de terres cultivables, divisées en cinq parcelles, dans le but de développer la culture maraîchère. Sachant que plus de trois millions de tonnes de fruits et légumes sont importés chaque années, le secteur s’annonce très prometteur. Il représente l’un des principaux attraits de Gan pour ces populations amenées à redémarrer à zéro, puisqu’elles ont tout perdu et n’ont à ce jour aucun moyen de survie. La Croix-Rouge française s’est engagée à les accompagner dans ce processus de retour au travail, à la vie.

“Safe island”, “non safe islands”
Gan, la plus grande île des Maldives située à une heure de Malé, la capitale, a été désignée comme « île sûre » (« Safe Island ») de l’Atoll de Laamu. Par ce programme, un temps abandonné et relancé après le tsunami, le gouvernement souhaite à terme réduire le nombre d’îles à une centaine au lieu de 200 actuellement pour, officiellement, renforcer la sécurité et prévenir les catastrophes naturelles. Les autorités ont désigné une île sûre dans chaque Atoll, selon différents critères : souvent la plus peuplée, elle doit bénéficier de moyens de transports, d’infrastructures, de services administratifs, de commerces, de dispositifs d’urgence en cas de catastrophe et de facilités d’accès aux secours. A contrario, les petites îles isolées et peu peuplées comme Mundhoo et Kalhaïddhoo sont désormais considérées comme dangereuses et amenées à devenir des îles fantômes.

Sandra vérifie les listes de bénéficiaires  - 14.6 ko
Sandra vérifie les listes de bénéficiaires
©/CRF
 
La Croix-rouge française reste extrêmement prudente sur ce programme : « Nous voulons à la fois nous assurer qu’il n’y aura aucun déplacement forcé de population et que tous les bénéficiaires légitimes de maisons ont bien été recensés », explique Jérôme Duron, le chef de la mission aux Maldives. Ainsi, lui et Sandra Hu, l’administratrice de la mission, se rendent chaque semaine sur les îles de Mundhoo et de Kalhaïdhoo : « Le gouvernement nous a transmis une liste approximative des victimes du tsunami. C’est pourquoi nous réalisons notre propre liste de bénéficiaires avec les communautés directement concernées par notre programme de reconstruction sur Gan. Nous reconstituons les familles foyer par foyer, nous affinons leur profil (enfants, cousins, couples mariés ou divorcés, etc.), enfin nous faisons l’état des lieux de chaque maison. » Un travail de fourmi nécessaire pour n’oublier personne. Jérôme et Sandra ont ainsi constaté de nombreuses erreurs sur la liste officielle : « Certaines victimes du tsunami n’ont pas été enregistrées car elles étaient tout simplement absentes le jour du recensement. On découvre alors qu’au lieu des 2 personnes déclarées, 8 membres d’une famille vivent en réalité sous le même toit. Ces vérifications nous confrontent également à des situations complexes : que faire par exemple lorsqu’une famille est en possession de plusieurs maisons ? Doit-on pour autant lui attribuer trois maisons ? Que faire encore lorsque les victimes étaient locataires ? Faut-il donner une maison au propriétaire ? » Toutes ces questions appellent des réponses claires du gouvernement afin de finaliser la configuration des futures maisons de Gan.

GAN, pôle de développement régional
Gan est reliée à trois autres îles par la route et s’étend sur 17 kilomètres de long. Peuplée actuellement de près de trois mille habitants, elle possède des structures administratives, un port de pêche, un hôpital, une école de formation professionnelle, une école primaire, un site industriel et notamment une pêcherie. La Croix-Rouge française s’inscrit pleinement dans ce projet de développement, puisqu’il est destiné en majorité aux victimes du tsunami. L’association a signé en février dernier un accord avec le gouvernement pour reconstruire jusqu’à 500 maisons, une école maternelle et une école primaire, un stade, un centre communautaire et l’extension de l’hôpital, seul et unique établissement de santé de la région. La future agglomération va être bâtie dans le prolongement du village de Thundi et des infrastructures existantes (commerces, écoles, routes, etc.) pour ne pas créer de fossé entre les habitants originaires de Gan et les nouveaux venus, soit environ 120 familles.

Selon les plans - masse définis avec le gouvernement au cours du premier semestre 2005, les futurs propriétaires hériteront chacun d’une parcelle de 400 mètres carré sur laquelle se dressera une maison de 86 mètres carré. La superficie a été étudiée et calculée en fonction du schéma familial et du mode de vie local. Une famille maldivienne compte en moyenne 6 membres. L’habitation a donc été conçue avec trois chambres, une grande salle de vie commune car les liens familiaux sont très forts ici. Grands-parents, enfants, petits-enfants et cousins vivent en général sous le même toit. Par ailleurs, chaque habitation possédera une terrasse en hauteur, munie d’une échelle, pour parer à tout nouveau raz-de-marée.
Relevé des arbres sur le site de construction - 17.3 ko
Relevé des arbres sur le site de construction
©/CRF
 
Les futures habitations s’étendront sur près de 60 hectares. Pour rapprocher les trois communautés amenées à cohabiter sur Gan, Sandra Hu a eu l’idée d’impliquer les personnes déplacées dans les travaux de nettoyage du site. 350 personnes des camps et du village de Thundi ont ainsi débroussaillé le terrain à la machette durant douze semaines, contre une rémunération. La zone dégagée laisse apparaître une immense forêt de cocotiers : arbre symbole des Maldives, arbre précieux, il permet à la fois de préserver la nappe phréatique et est surtout source d’alimentation quotidienne pour les habitants. Chaque cocotier a un propriétaire et tout arbre coupé impliquera le versement d’une indemnité. Thomas Leberre, ingénieur en Environnement, a été engagé comme consultant pendant trois semaines par l’équipe de la Croix-Rouge française. Originaire de Vannes, en Bretagne, il est installé depuis 6 ans aux Maldives. Son rôle consiste à effectuer le relevé de tous les arbres situés sur la zone de construction. A l’aide d’un théodolite, (appareil de mesure muni d’un rayon laser) et d’un prisme accroché au bout d’une perche, il calcule tous les angles et la distance entre chaque arbre : « Le but est de sauvegarder le maximum de cocotiers », dit-il. « D’habitude, on construit sa maison avant de planter son jardin. Ici, au contraire, il s’agit d’adapter le chantier au site et de bâtir les maisons autour des arbres ». Dans le même souci de préserver l’environnement, les broussailles et les déchets naturels amassés lors des opérations de nettoyage seront récupérés et serviront à la fabrication de compost pour l’agriculture locale.

Cérémonie officielle, le 7 novembre  - 31.2 ko
Cérémonie officielle, le 7 novembre
©/CRF
 
La pose de la première pierre a été marquée par une cérémonie officielle le 7 novembre, en présence du Président de la Croix-Rouge française, Jean-François Mattei, et de représentants des autorités locales. Le chantier a débuté dans la foulée, avec l’arrivée de l’entrepreneur. Un premier lot de cent maisons sera livré en mai 2006 et parallèlement à ces travaux qui doivent durer six mois, le chantier des autres infrastructures commenceront à leur tour.

Reportage de Géraldine Drot


   
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