Indonésie

Moktar, pêcheur de lancang
le 3 novembre 2005
Dans la région de Sigli, la Croix-Rouge française a relancé la pêche dans le village côtier de Lancang. Le projet est à petite échelle mais il n’en est pas moins vital pour 16 familles rescapées du tsunami. Nous avons rencontré Moktar, l’un des bénéficiaires du projet « Jermal ». Témoignage.

Pêcheurs au large de Lancang - 13.6 ko
Pêcheurs au large de Lancang
©/CRF
 
Lancang compte environ 150 familles. Il y règne une atmosphère de désolation. Il est 9h du matin et il fait chaud, très chaud. En vue, seuls quelques enfants et leurs mères assises à l’ombre des cabanes en bois. Les hommes sont en mer, à quelques mètres seulement des premières maisons. Au large, on distingue des pêcheurs dans leurs barques, de vastes filets qui s’étirent à l’horizon et, plus surprenant, une dizaine de cabanes en bambous, les Jermals, typiques de cette région. Un homme grimpe, actionne une roue qui permet de plonger un filet long d’une dizaine de mètres dans l’eau. Une fois remonté, celui-ci délivre son lot de poissons et de crevettes. Moktar vient à notre rencontre : « on a fait une bonne pêche la nuit dernière, 10 kg de poisson pour mon seul Jermal et j’ai tout vendu ce matin au marché. J’en ai tiré 200 000 Roupies ! ». 200 000 Roupies, soit 20 €. Pour les pêcheurs de Lancang, cela représente une petite fortune. C’est grâce à la Croix-Rouge française que Moktar a pu reprendre son activité. L’été dernier, il a reçu du matériel lui permettant de fabriquer un filet, des feuilles de palmier et des bambous pour reconstruire son Jermal et un bateau. Suite au tsunami, Moktar comme les autres pêcheurs, a tout perdu. « Nous avons eu beaucoup de chance », explique t-il. « Sans l’aide de la CRF, nous n’aurions jamais eu les moyens de racheter notre matériel. Il faut compter 2 millions de Roupies (200 €) pour un bateau ! Pendant plusieurs mois, nous avons mangé grâce à l’aide humanitaire, alors réinvestir dans la pêche, c’était impossible ! ».

Un passé douloureux

Moktar, pêcheur à Lancang - 23.2 ko
Moktar, pêcheur à Lancang
©/CRF
 
Moktar nous conduit chez lui, dans une simple cabane en bois et en tôle, tout près de la plage. Il l’a reconstruite à la hâte après le tsunami. Tout autour, des vestiges de maisons, des dalles de béton et des gravats. Moktar nous raconte son histoire, tragique, avec beaucoup de simplicité. Ici on ne se plaint pas. Il était au large avant le tsunami, avec d’autres pêcheurs. Il a vu de loin la vague déferler sur le village. Lorsqu’il est revenu chez lui, l’eau avait tout englouti. Il a retrouvé le corps de sa femme dans un bassin d’aquaculture, mais son fils aîné avait disparu. Depuis, Moktar vit avec sa mère et son cadet, un garçon de 11 ans, plein de vie. « Nous les pêcheurs, on a survécu, mais pas nos familles, on a tous perdu quelqu’un. Mon voisin Abdoulaali est seul aujourd’hui ». Depuis, la solidarité est forte dans la communauté, en particulier à l’égard des veuves qui n’ont pas de revenus. Traditionnellement, l’activité des femmes consistait à écouler chaque jour le poisson pêché par leur mari au village d’à côté. Alors, pour les aider, Moktar leur vend son poisson à bas prix, les femmes gagne un peu d’argent sur le marché.

Optimiste malgré tout

Jermal, cabane sur pilotis tradtionnelle - 14.6 ko
Jermal, cabane sur pilotis tradtionnelle
©/CRF
 
Les pêches ne sont pas toujours bonnes, mais d’après Moktar elles sont meilleures qu’avant le tsunami. « Ca me permet d’économiser pour la saison des pluies. En décembre et janvier, les orages sont violents, ils détruisent nos Jermals, il faut donc garder de l’argent pour les reconstruire et pour manger pendant ces 2 mois où nous ne pouvons plus partir en mer ». Moktar et les quelques familles qui ont reconstruit leurs Jermals font figure de privilégiés. Car pour ceux qui vivaient de l’aquaculture, rien n’a encore redémarré. Le tsunami a complètement désorganisé l’élevage de crevettes, une production réputée qui dynamisait la région. Mais réhabiliter les 345 ha de bassins d’irrigation est une entreprise de grande envergure qui nécessite du temps.

Dans l’avenir, Moktar aimerait bien reconstruire sa maison, une maison plus solide, en pierres, mais pour cela il faudra attendre des jours meilleurs. Qu’importe ! Depuis quelques temps, le pêcheur est optimiste. La région a retrouvé son calme. Pendant des années, le conflit entre les rebelles du GAM (Mouvement de Libération Acehnais) et l’armée a fait rage. « Chaque soir, c’était le couvre-feu », raconte Moktar, « on n’osait pas sortir de chez nous. On vivait dans la peur. Mais cette époque est révolue. Nous sommes libres aujourd’hui ! ». Depuis l’accord de paix signé en août 2005 à Helsinki, l’armée s’est retirée et les rebelles ont déposé les armes. Cette paix est-elle définitive ? En tout cas, les habitants de Lancang, doublement traumatisés par le conflit puis par le tsunami, méritent désormais de vivre en paix.

Reportage, Valérie Rouvière


   
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