Indonésie

Programme d’aide auprès des déchargeurs de poissons
le 20 mars 2006
Touché de plein fouet par le Tsunami, le secteur de la pêche se réorganise lentement à Banda Aceh. Les manutentionnaires du port vivent encore très difficilement. La Croix-Rouge française intervient pour aider ces victimes du Tsunami à sortir de la pauvreté dans laquelle elles ont été entraînées après la catastrophe.

Au port de Lampulo

Scène de criée à Lampulo - 10 ko
Scène de criée à Lampulo
©/CRF
 
Il est huit heures du matin à Lampulo, quartier portuaire en périphérie de Banda Aceh. Quatre bateaux reviennent de leur première sortie en mer. Comme ses camarades, Dailami se presse pour disposer ses panières sur le quai. Dans quelques instants, les pêcheurs y déchargeront leur cargaison. « C’est un peu l’empoignade. Parfois cela se bagarre. Mais en ce moment, ça va », explique-t-il. Car ces ouvriers du port sont payés par panier de poissons livré. La façon dont ils proposent leurs services est entendue par tous : si un commerçant achète des poissons, il doit payer le manutentionnaire, propriétaire des panières où sont rangés ceux qu’il a choisis. Ce dernier les transporte dans de petites glacières disposées sur des motos et qui partent directement au magasin ou jusqu’à de grandes glacières situées derrière le port, si l’acheteur est un grossiste qui tient son étal sur place. Plus un déchargeur a de panières remplies, plus il a de chance d’être employé. « Nous sommes payés 3000 Roupies (30 centimes d’euro) par panière, dit Dailami. Nous sommes vingt sur le port à exercer ce métier. En tout, une soixante de bateaux pêchent au large de Banda Aceh et viennent au port les uns après les autres, au fur et à mesure de la journée. Les bateaux déchargent le poisson, se rechargent en glace et repartent en mer. »

Programme de distribution

Dailami décharge le thon - 10.2 ko
Dailami décharge le thon
©/CRF
 
Dailami et sa femme ont perdu leur maison et leurs quatre enfants pendant la catastrophe du 26 décembre 2004. Le tsunami a aussi complètement désorganisé toute la chaîne de travailleurs impliqués dans le circuit commercial du poisson. Pécheurs, transporteurs, poissonniers, beaucoup ont du mal à reprendre leur activité : « J’avais perdu tout mon équipement avec le Tsunami, raconte Dailami. Depuis un an, je continuais mon travail en empruntant le nécessaire à droite et à gauche. » La mission de Banda Aceh a lancé en janvier dernier un programme d’aide pilote pour 10 déchargeurs du port de Lampulo. Ce projet consistait à distribuer des choses simples, mais indispensables pour leur travail : les précieuses panières, qui coûtent 35,000 Roupies l’unité (3,5 euros), une charrette, des gants, des bottes, etc. Dailimi a pu reprendre son travail. « Je gagne maintenant environ 50,000 Rp par jour (5 euros). Avant le Tsunami, je pouvais gagner jusqu’à 400,000 Rp (40 euros), mais cela restait exceptionnel. Aujourd’hui, l’activité revient presque à plein. Je travaille jusqu’au soir", affirme-il.

Suivi des programmes

Chargement du poisson dans les bacs à glace - 10.9 ko
Chargement du poisson dans les bacs à glace
©/CRF
 
Deux mois après la distribution, l’équipe de relance économique de la Croix-Rouge française vient s’entretenir de façon informelle avec plusieurs bénéficiaires afin d’avoir un premier aperçu de l’impact du programme. L’enquête de suivi (« monitoring ») commencera réellement dans deux semaines. Ce travail d’observation vise à cerner l’intérêt et l’impact du projet. Il permet parfois de rectifier le tir et d’apporter des améliorations. Abdul Aziz, un des manutentionnaires qui a bénéficié du programme, raconte qu’il a revendu la moitié de ses panières pour acheter de la terre et renforcer les soubassements de sa maison qui penchait dangereusement. « Ne pouvait-il vraiment pas faire autrement ou cela veut-il dire que son activité est assez satisfaisante pour qu’il se passe de 50 panières ?, se demande Claire Chesnot, coordinatrice de la base de Banda Aceh. C’est ce que mon équipe devra comprendre pendant l’enquête. » Dailami, par contre, espérerait encore plus de panières. « J’en possédais 2000 avant le Tsunami », déclare-t-il. Pour lui, les panières manquent encore et c’est la raison principale de sa baisse de revenu comparée à ce qu’il gagnait avant le Tsunami. Claire reste perplexe : « 2000 panières ! Comment faisait-il pour les gérer ? Il devait sans doute avoir d’autres personnes sous son autorité. Nous savons que certains déchargeurs possèdent suffisamment de panières pour embaucher de la main-d’œuvre à leur tour. Mais 2000, cela me paraît vraiment beaucoup. » Dans l’ensemble, le matériel est utilisé et les bénéficiaires sont contents de la distribution. Ils demandent des outils complémentaires, expliquent leur détresse et leurs besoins. L’enquête déterminera si leurs revenus ont augmenté de façon significative grâce au programme.

La Croix-Rouge Française mène plusieurs projets de relance économique de taille modeste, mais efficaces, dans le quartier de Lampulo, à Banda Aceh. « Pour la pêcherie, nous avons aidé la première moitié des déchargeurs de poissons. 10 autres personnes ont fait une demande auprès de l’association. Les vendeurs de poisson du port ont aussi bénéficié d’une première tranche d’aide par la distribution de matériel (balance, gants, bottes, couteaux). Dans les prochains jours, nous nous intéresserons à la production et au circuit de distribution de la glace qui fait apparemment grandement défaut à Lampulo. » En parallèle, l’équipe étudie l’impact du programme d’aide aux 20 pâtissières, terminé en décembre dernier.

Gilles Lordet


   
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