Indonésie

Abandon progressif de la distribution d’eau par camion
le 29 mars 2006
La mission de la Croix-Rouge française de Sigli est présente depuis plus d’un an dans le village de Sangso. Elle distribue de l’eau potable par camion tous les matins à plus de cent familles. Ce programme touche à sa fin. La PDAM (Compagnie nationale de l’eau) prendra le relais dans quelques semaines.

Réunion sur l’eau avec les habitants de Sangso  - 8.5 ko
Réunion sur l’eau avec les habitants de Sangso
©/CRF
 
« Une équipe de la Croix-Rouge française est arrivée, annonce le chef du village au micro de la mosquée. Elle a des choses importantes à vous dire. Venez ! La réunion commence ». Il est neuf heures du matin, les villageois sortent de chez eux. Une soixante de personnes se retrouvent sous le préau de la mosquée et s’assoient par terre, les hommes devant, les femmes derrière. L’équipe Croix-Rouge française de promotion à l’hygiène est là. Après les salutations d’usage, Dhalan, chargé de la promotion de l’hygiène, annonce que la distribution d’eau par camion cessera à la fin du mois. « Il faudra arrêter à un moment ou à un autre. Les ONG ne seront pas toujours à Aceh, rappelle-t-il aux habitants à qui il s’adresse dans le patois local. Nous devons apprendre à nous passer d’eux. De plus, la PDAM (le réseau d’eau national) a reconstruit les connections au village. La grande majorité des habitants ont déjà l’eau courante. »

Atelier de promotion à l’hygiène - 8.6 ko
Atelier de promotion à l’hygiène
©/CRF
 
Une discussion s’engage. Il y a bien sûr quelques objections. L’eau de la Croix-Rouge française était gratuite mais il va falloir payer désormais celle de la PDAM : 12 000 Roupies (1,20 euros) par mois. Le chef du village demande à l’association de prendre en charge les abonnements, ce qu’elle refuse. Une autre remarque vient d’un riverain : « Comment faire pour ceux qui ne sont pas reliés au réseau intérieur ? » La plupart des ONG qui reconstruisent les maisons du village a prévu le travail de plomberie, sauf une organisation locale pour un petit nombre de bénéficiaires. Cette ONG reconstruit des maisons simples sans système d’adduction d’eau, comme les villageois en possédaient avant le Tsunami. Dahlan répond que comme par le passé, ils auront la possibilité d’utiliser les puits publics qui ne sont pas salés et de demander de l’eau au voisin comme cela se fait souvent dans ces bourgades très communautaires. « L’eau de la PDAM n’est pour l’instant pas de très bonne qualité, admet-il. Elle est trouble et rouge quand il pleut fort, mais la compagnie nationale a promis d’y travailler pour arranger ça. » Un villageois demande si la Croix-Rouge compte entreprendre des forages. Des essais sont actuellement pratiqués par plusieurs organisations humanitaires dans la région. « Mais pour l’instant, les résultats ne permettent pas de couvrir les besoins », explique Dahlan. Les habitants préféreraient aussi pouvoir réutiliser leurs puits individuels, comme avant le Tsunami. Pour l’instant ce n’est pas possible ; l’eau est trop salée. « Certaines ONG se sont lancées dans leur nettoyage, mais cela a donné des résultats médiocres. Sur 900 puits nettoyés, 20% peuvent être réutilisés. Il faudra au moins un an avant qu’on puisse se servir des autres et certains ne seront pas récupérables », nous expliquera plus tard Baptiste Reverdit, délégué eau et assainissement, dans les bureaux de la Croix-Rouge française à Sigli.

Notions d’hygiène

Dessin illustrant les risques sanitaires courants - 8.3 ko
Dessin illustrant les risques sanitaires courants
©/CRF
 
Safwadi, également responsable des ateliers de promotion à l’hygiène, continue la deuxième partie de l’exposé en expliquant aux gens comment utiliser l’eau de la PDAM : « L’eau que vous aurez maintenant n’est pas comme celle de la Croix-Rouge. Vous ne pourrez pas la boire directement. Il faudra la faire bouillir au préalable. » Puis, il continue sur des notions d’hygiène élémentaires, point essentiel de cette matinée. L’équipe est là pour informer les villageois sur les voies de contamination de l’eau et des aliments par matières fécales, à l’origine des diarrhées. Safwadi présente un schéma très utilisé en promotion à l’hygiène, le diagramme F (F pour « Feces, Fluids, Field, Flies, Food, etc. ») qui décrit comment l’eau et la nourriture peuvent être contaminées : « C’est très mauvais de faire ses besoins dans la nature. Utilisez plutôt les toilettes ! Pourquoi ? car les mouches viennent sur les excréments, puis plus tard sur les aliments que vous mangez en transportant des bactéries qui provoquent des diarrhées et parfois des maladies plus graves », explique-t-il. Les gens peuvent marcher sur ces excréments ; ils ne se lavent pas les mains correctement et les ramènent à la maison. » Traditionnellement, en Indonésie, l’on mange avec les mains et les risques sanitaires sont élevés. Un enfant en bas âge peut facilement attraper la diarrhée s’il est nourri par sa mère qui n’a pas les mains propres ou en jouant par terre où traînent des excréments d’animaux, voire d’humains.

Safwadi interroge la population sur ses habitudes sanitaires et ses connaissances dans le domaine. En tout, la réunion dure presque deux heures. « Les gens sont relativement participatifs, même s’ils ont tendance à considérer ces choses sans importance, affirme Safwadi. C’est plus une récréation. Il faut captiver leur attention et leur faire comprendre que ce ne sont pas des problèmes dérisoires ». Un prochain atelier est prévu la semaine suivante pour apprendre cette fois aux gens à barrer les voies de contamination.

Remplissage d’une citerne par camion - 9.1 ko
Remplissage d’une citerne par camion
©/CRF
 
La mission compte mettre un arrêt définitif à la distribution d’eau par camion en novembre. Elle procèdera par étapes. Pendant que Baptiste Reverdit continue de gérer ce programme (qui touche 16 000 personnes) et lance les opérations de promotion d’hygiène, son collègue, Christian Tieberghen, travaille aux solutions de remplacement : le forage, la connexion au réseau national et la réhabilitation des puits de surface.

Gilles Lordet


   
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