Indonésie

Les vendeurs de poissons de Lampulo
le 29 mars 2006
Le port Lampulo est l’un des principaux ports de pêcherie d’Aceh. Il a été sévèrement détruit par le tsunami et son fonctionnement est profondément désorganisé. L’activité a repris tant bien que mal. Les vendeurs grossistes du port, reconnaissables à leurs glacières bleues et oranges, en sont le pivot. Après avoir organisé une première distribution de matériel pour les aider à reprendre leurs activités, la Croix-Rouge française cherche à mieux comprendre le fonctionnement social et économique de ce secteur et à répondre à de plus amples besoins.

Pêcheurs attendant les clients - 11.9 ko
Pêcheurs attendant les clients
©/CRF
 
Claire Chesnot, déléguée Relance économique, vient aujourd’hui sur le port de Lampulo avec son équipe d’enquêteurs. « Je veux une photo sociale et économique des lieux, explique-t-elle. Il s’agit de bien cerner d’éventuels bénéficiaires, de connaître ceux qui sont le plus fragilisés. » Selon les premières observations, le circuit commercial du poisson apparaît très éclaté, avec au moins 3 acteurs - relais sur le port même. Le travail commence à 5h30. Les premiers bateaux de pêche arrivent vers 6 heures. Les grossistes achètent en grande quantité. Ils revendent au détail aux agents en moto sur le quai s’ils s’entendent tout de suite sur un prix. Sinon, ils conservent les poissons dans les glacières, dans des échoppes ou sur le quai. « Pour l’instant, nous savons que le circuit commercial est comme suit : les pêcheurs vendent à des grossistes qui font leur commerce sur le port même, affirme Claire. Ces grossistes revendent à des agents qui transportent à leur tour le poisson sur leur moto. Ces revendeurs en moto font ensuite le tour des quartiers pour vendre au détail à des ménages, des petits restaurants, etc. » Mais les choses pourraient être plus compliquées. Le port de Lampulo n’alimente pas seulement le marché local, mais également les grandes villes voisines comme Sigli, Meulaboh ou Medan, à plus de 11 heures de route de Banda Aceh.

Témoignages de grossistes

Ruslan Hasan et ses panières - 8.6 ko
Ruslan Hasan et ses panières
©/CRF
 
Le Tsunami a creusé les inégalités entre les vendeurs du port. Ruslan Hasan (43) est un ancien grossiste. Il a perdu son matériel lors de la catastrophe : « Avant, j’achetais tous les jours entre 2 et 3 millions roupies de poissons que je revendais. J’arrivais à me faire une marge de 100,000 à 500,000 Roupies par jour (entre 10 et 50 euros). J’avais trois glacières en fibre, mais j’ai tout perdu. » Hasan travaille maintenant avec des panières en osier qu’il loue 2000 Roupies (20 centimes d’euro) la journée et qui ne lui permettent pas de conserver le poisson. « J’en loue au maximum 5. Cela dépend des arrivages. Quand la pêche est très bonne et le marché bien disposé, j’emprunte des glacières en fibre à mes anciens collègues qu’ils me prêtent gracieusement. Mais ils en ont souvent besoin et je n’ai que les panières. Cela me limite dans mon travail » Hasan gagne un maximum de 30,000 Roupies par jour (3 euros) et n’a pas les moyens de s’acheter de nouvelles glacières qu coûtent à l’unité environ 400,000 à 500,000 Roupies (40 euros).

Syamsul Bakarie vend son poisson - 8.9 ko
Syamsul Bakarie vend son poisson
©/CRF
 
Bukarie (41 ans) a eu plus de chance. Il est en quelque sorte le chef des vendeurs de poisson. Hier, il a acheté 25 millions de Roupies (2500 euros) de poissons pour une marge de revenu net de 500,000 Roupies (50 euros). L’investissement de départ journalier semble énorme par rapport au revenu généré ! Claire voudrait savoir s’il a des employés et comment il les paie. « Deux employés m’aident occasionnellement ; ils sont payés selon les arrivages, répond-il. Si j’achète pour 3 millions de poissons, je vais chercher à me faire une marge de 300,000 Roupies (30 euros). Et je payerais mes deux ouvriers 30,000 Rp (3 euros) la journée chacun. » Le téléphone portable semble jouer un rôle crucial et faire la différence entre les grossistes compétitifs et les autres. « Cela permet de connaître les cours et la demande dans les grandes villes voisines, déclare Fatlih, qui travaille comme grossiste au port depuis une vingtaine d’années. Mon travail consiste à me tenir bien informé et à orienter les achats selon les tendances du moment. »

Syamsul Bakarie (34 ans) connaît le milieu de la pêcherie depuis l’enfance. Il explique que le plus important serait d’avoir de grande glacière (environ 2,50 X 1,20 X 1,40 m), qui peuvent contenir plusieurs centaines de kilogramme de poissons. « Les gros poissons ne rentrent pas dans les petites glacières. Nous n’utilisons que cela maintenant car les grandes que je possédais ont été emportées par le Tsunami. Bakarie précise que dans ces grandes glacières, il peut conserver le poisson presque une semaine. Alors que le poisson peut rester quatre jours maximum dans les petites. Encore faut-il changer la glace au bout de 48 heures ».

Cet achat est prévu par la Croix-Rouge française pour un groupe sélectionné de vendeurs. En janvier, elle a déjà distribué une première tranche d’aides, comprenant balances, gants, bottes etc. L’enquête menée par Claire et son équipe permettra de cerner les victimes du Tsunami les plus vulnérables, de savoir comment continuer à les aider au mieux et de définir le cas échéant les actions futures de la mission sur le port de Lampulo.

Gilles Lordet


   
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