Indonésie

Gestion des déchets à Nias
le 11 mai 2006
La Croix-Rouge installe mille poubelles publiques dans la ville de Gunung Sitoli. Il s’agit de la première phase d’un ambitieux programme de gestion des déchets, comprenant aussi une campagne de sensibilisation auprès des riverains, une réorganisation de la collecte et la construction d’une décharge moderne. Ce programme est mené en partenariat avec l’ONG allemande HELP.

Installation des poubelles

Mille poubelles fournies à Gunung Sitoli - 27 ko
Mille poubelles fournies à Gunung Sitoli
©/CRF
 
« Gunung Sitoli a toujours été une ville assez sale, raconte un habitant. Mais depuis le tremblement de terre, l’année dernière, c’est pire. » Les détritus s’entassent dans les coins des rues. Aux croisements, des décharges sauvages ont été improvisées. Les containeurs dégorgent des flots d’ordures qui pourrissent. Les enfants ne jouent jamais très loin et l’odeur est parfois pestilentielle. Selon les estimations de la Croix-Rouge française, les éboueurs ne ramassent qu’environ 30% des déchets de la ville. Ils sont sous équipés et désorganisés. La limite de leur capacité opérationnelle peut venir de la corruption : « Parfois, l’argent pour payer l’essence des camions disparaît et la collecte n’est pas assurée », avance Sigit, un des délégués en charge du programme. Mais c’est surtout le manque d’organisation et l’absence de moyens qui expliquent le mauvais travail des éboueurs.

Installation de poteaux pour fixer les poubelles - 28.2 ko
Installation de poteaux pour fixer les poubelles
©/CRF
 
La Croix-Rouge française a décidé de soutenir le gouvernement local pour améliorer les conditions sanitaires de la ville. 620 poteaux permettant de fixer des poubelles viennent d’être installés. D’ici à fin mai, mille poubelles seront posées pour émailler cette sous-préfecture de 65 000 habitants et son agglomération. « Nous avons défini les emplacements d’installation des poubelles selon deux ratio, explique Matthieu Buono, délégué eau et assainissement qui dirige le programme. 1 poubelle pour 10 familles dans les zones de population très denses, et 1 poubelle tous les 25 mètres dans les zones moins peuplées. » Elles sont fixées pour éviter qu’on les vole, qu’on le déplace et que le travail des éboueurs en soit compliqué.

Informer les riverains

Ramassage des ordures très aléatoire  - 26.9 ko
Ramassage des ordures très aléatoire
©/CRF
 
Les équipes de HELP se chargent, parallèlement, de la campagne de sensibilisation et de communication auprès des riverains. Leur action est prévue sur 24 mois. Une de leurs tâches est de faire du porte à porte pour informer les habitants de l’installation des poubelles et expliquer leur utilité.

Abubakar fait partie de ces équipes ; il présente un prospectus où l’on voit une photo d’une poubelle, le modèle courant dans les villes en France, mais inédit à Nias : « Il faut leur montrer ce que c’est. Ici, quand on dit poubelle, on pense à des grands containeurs et les gens ne sont pas très contents d’avoir cela devant chez eux. Une fois qu’ils ont vu de quoi on parle, ils sont ravis qu’enfin quelqu’un s’occupe du problème des déchets dans la ville. » Sigit ajoute : « Les gens sont en effet enthousiastes mais beaucoup doutent des services de ramassage municipal, assez aléatoires. »

Formation et équipement des éboueurs

Une des clefs du succès du programme tient dans l’efficacité des éboueurs.

La ville envahie par les déchets - 25.7 ko
La ville envahie par les déchets
©/CRF
 
C’est pourquoi la Croix-Rouge française a entrepris d’améliorer les circuits de collecte et de fournir le matériel nécessaire aux éboueurs. Matthieu rencontre une fois par semaine les 40 personnes du ramassage des détritus pour échanger des points de vue sur les problèmes actuels et trouver des solutions en commun. Deux camions seront livrés à la mi-mai : « Nous organiserons des tournées pilotes avec les équipes pour bien observer ce que nous sommes capables de faire, affirme-t-il. Pour l’instant, notre façon d’organiser le circuit de collecte a été théorique ; dans deux semaines, nous verrons concrètement comment cela se passe. »

Promouvoir le recyclage des déchets

Le programme prévoit également de développer les filières de recyclage. La Croix-Rouge française veut inciter les habitants de Gunung Sitoli à revendre les matières recyclables et, pour ce faire, essaie de les mettre en contact avec les nombreux recycleurs privés. Ce sont tous des négociants. Ramli recycle verre, plastique et conserve. A côté de cette activité, il vend du zinc, des ardoises de toitures, du contreplaqué, des boissons gazeuses. « Quand j’envoie un camion plein de matières recyclables à Medan, sur l’île de Suamatra, je le remplis de marchandises pour le retour que j’écoule ensuite sur Nias. » Le prix des matières peut varier. La bouteille de bière en verre est rachetée à l’habitant 500 Roupies environ (0,02 euros), la conserve 6 000 Roupies le kilo (0,5 euros). Les prix peuvent varier du simple au double d’un collecteur à un autre ou selon la demande. Dans le nord de Gunung Sitoli, une petite entreprise recycle le plastique pour fabriquer des sacs et du raphia. Elle est fournie par des agents qui achètent auprès des foyers entre 2 000Rp et 2 500 Rp le kilo. Selon Matthieu, ces possibilités de revente sont mal connues des habitants : « Le problème que nous rencontrons est un problème de visibilité. Des habitants peuvent ignorer la présence d’un recycleur à 100 mètres de chez eux. Nous cherchons à les faire connaître aux riverains et voulons les convaincre que cela représente un complément de revenu. » Matthieu a décidé de construire des enseignes pour signaler leur présence.

Il y a également un problème de prix, parfois trop bas, ce qui n’incite pas les gens à faire des efforts : « Personne ne veut recycler les bouteilles d’eau minérale, très consommées ici. Les négociants estiment qu’elles sont trop légères, que cela ne rapporte pas assez. Cela fait rapidement des volumes qu’ils ne sont plus capables de gérer. Concasser les bouteilles nécessiterait l’achat d’une broyeuse ou d’une presse. C’est un investissement lourd qu’ils ne veulent pas faire. »



   
Recherche   
 
Articles précédents
 
   
 
 
Bilan des actions, 4 ans après
 
Pour tout savoir sur les actions et les projets de la Croix-Rouge française, 4 ans après le tsunami, cliquez ici