Maldives

L’île de Gan prend forme
le 30 mai 2007
La Croix-Rouge française est sur tous les fronts : l’extension de l’hôpital régional a débuté en même temps que se poursuit la construction d’un centre communautaire et de trois écoles. Parallèlement, les délégués supervisent le chantier du nouveau village, commencé en 2006. Quatre-vingt maisons ont déjà été remises aux familles en janvier dernier alors que les 160 restantes sont en travaux. Des programmes importants qui dureront encore plus d’un an, dans un contexte où le travail d’intégration sociale est déterminant.

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Fillette_devant_une_nouvelle_maison
©/CRF
En mars dernier, quatre-vingt familles ont emménagé dans leur nouvelle maison. Leurs îles touchées par le tsunami, ils devaient être relogés sur Gan, une des îles les plus sures et les plus developpées du sud des Maldives. Alors que les travaux pour mettre en place le système du tout-à-l’égout se terminent, les résidents prennent leurs marques dans ce nouvel environnement. Certains ajoutent une grille ou un mur d’enceinte autour de leur maison ; d’autres ont ouvert une alimentation. Ici ils aménagent des vergers, là des jardins. La vie du nouveau village s’organise.

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©/CRF
L’attribution des maisons s’est faite par loterie, une tradition aux Maldives. Car les maisons situées dans les allées principales comportent un grand avantage : on peut y développer un petit commerce. Zainabu Hussain a eu de la chance, il a été tiré au sort. L’ancienne sage-femme, âgée de 50 ans, a aussitôt ouvert une échoppe : « Mon beau-fils m’a avancé les fonds, raconte-elle. Je suis contente. Cela marche bien. Avant le tsunami, j’habitais sur l’île de Kalaïdhoo, je travaillais dans un centre de soins, au planning familial. Sur l’île de Gan, c’est difficile d’avoir du travail. J’ai posé une candidature deux fois à l’hôpital régional mais je n’ai pas eu de réponse. Avec le magasin, j’ai une activité et un revenu. » Pour Ibrahim Ahmad et sa famille de 9 enfants, le déménagement à Gan a également été bénéfique : « Quand nous habitions sur l’île de Mundhoo, nous devions venir chaque semaine à Gan pour déposer les enfants à l’école, aller au centre de soins, faire des courses, etc. Le voyage nous coûtait cher. On était loin de tout. » Ibrahim a retrouvé un travail dans le garage d’un ami et continue la pêche, en parallèle.

Tensions entre les communautés

Que des familles quittent leur île pour s’installer à Gan n’est pas sans poser de problèmes. « Sur Mundhoo, par exemple, celles qui veulent rester font pression sur celles qui veulent partir pour les faire changer d’avis , raconte Louisa Payet-Delahaye, déléguée en charge des déplacés. Et à Gan même, les habitants de souche ne voient pas toujours d’un très bon œil ces nouveaux venus. Ils sont encore considérés comme des étrangers. »

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Partie_de_badmington
©/CRF
Des problèmes que la délégation gère grâce à plusieurs activités destinées à rapprocher les populations : « Nous menons des activités sportives et éducatives avec les enfants de l’école de Matimaradhoo qui rassemble les 3 villages de l’île, explique Hamid chargé des programmes d’intégration communautaire. Si nous avions voulu sensibiliser les adultes directement, nous aurions échoué. Cela ne marche pas aux Maldives. Mais lors des activités récréatives, les parents viennent regarder leurs enfants et cela a un bon effet intégrateur, pour les uns comme pour les autres ».

De la réhabilitation au développement

C’est le projet de construction le plus long : 16 mois. Les travaux de l’hôpital de Gan, qui viennent de débuter, visent à en doubler la capacité (40 lits actuellement). Les salles seront entièrement équipées et des formations seront dispensées au personnel médical : « Cet établissement deviendra le principal centre hospitalier du sud des Maldives, explique Fabien Pouillot, délégué reconstruction. Il pourra recevoir les familles des îles et des atolls voisins et désengorger l’hôpital national de Malé, la capitale. »

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Echoppe_dans_une_nouvelle_maison
©/CRF
Les grands projets d’infrastructures aident à renforcer les relations entre les populations. « Lorsque la population d’une région double d’un coup, comme c’est le cas à Gan, cela crée toujours d’énormes tensions, ajoute Emmanuel Vivien, chef de délégation Croix-Rouge à Male. Surtout quand une partie a accès à l’aide humanitaire et l’autre pas. Construire un nouveau village de 240 maisons sans penser aux infrastructures nécessaires aurait fait peser un risque pour l’harmonie sociale. » C’est donc dans une démarche de développement durable que la Croix-Rouge française a voulu penser ses projets. A côté de l’hôpital, le lycée technique de l’île, dont l’association commence la construction, sera le second établissement de ce type dans le pays. Trois nouvelles écoles, un centre communautaire et un stade viendront compléter les infrastructures publiques : « Nous voulons mener une action durable, souligne Emmanuel. Le gouvernement a défini un programme de développement bien avant le tsunami et nous avons tenté de penser les opérations dans ce cadre. »

Communiquer auprès de la population

Avec l’aide de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, le gouvernement des Maldives mène à l’heure actuelle des travaux préparatoires pour créer une Croix-Rouge nationale. En effet, la population ignore ce qu’est une organisation humanitaire et qui est la Croix-Rouge française. « Les habitants ont tendance à nous confondre avec le gouvernement, ce qui peut nous mettre dans une situation délicate, surtout quand existent des tensions entre le gouvernement et l’opposition », explique Louisa Payet, déléguée en charge des déplacés. C’est pourquoi la délégation conduit une campagne d’information sur le Mouvement de la Croix-Rouge et les programmes de la Croix-Rouge française : « Désormais, chaque mois, nous éditons une brochure sur l’avancée de nos opérations, ajoute Peter L. Ragno, délégué relance économique et intégration communautaire. Nous tenons des sessions d’information auprès de la population quand cela est nécessaire. Nous préparons plusieurs posters dans les lieux publics. La Fédération internationale de la Croix-Rouge a même organisé une émission de radio à laquelle j’ai participé pour expliquer notre intervention. »

Gilles Lordet


   
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